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 ((Candide))

         
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: 06/06/2008

: ((Candide))    17, 2008 9:46 am

Introduction

Voltaire donne ici l'image du meilleur des mondes possibles, avec des prjugs sur l'innocence (cf. Eden), et plein d'illusions sur la ralit. C'est l'incipit du conte, et il a pour fonction de prsenter les personnages, le contexte, la situation initiale. Cela se fait par petits paragraphes successifs, correspondant peu prs chacun un personnage; le chapitre est clt par le dpart de Candide et sa dcouverte du monde.

Tout semble aller pour le mieux, mais des indices indiquent au lecteur qu'il faut prendre le rcit au second degr, et le ton ironique est dj prsent ds le premier chapitre. La description qui ressemble un conte de fe contribue dnoncer un univers fond sur l'illusion. La perspective critique et philosophique est donc dj prsente ds le dbut de l'oeuvre.


Lecture du texte

Il y avait en Westphalie, dans le chteau de M. le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garon qui la nature avait donn les moeurs les plus douces. Sa physionomie annonait son me. Il avait le jugement assez droit, avec l'esprit le plus simple ; c'est, je crois, pour cette raison qu'on le nommait Candide. Les anciens domestiques de la maison souponnaient qu'il tait fils de la soeur de monsieur le baron et d'un bon et honnte gentilhomme du voisinage, que cette demoiselle ne voulut jamais pouser parce qu'il n'avait pu prouver que soixante et onze quartiers, et que le reste de son arbre gnalogique avait t perdu par l'injure du temps.

Monsieur le baron tait un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son chteau avait une porte et des fentres. Sa grande salle mme tait orne d'une tapisserie. Tous les chiens de ses basses-cours composaient une meute dans le besoin ; ses palefreniers taient ses piqueurs ; le vicaire du village tait son grand aumnier. Ils l'appelaient tous monseigneur, et ils riaient quand il faisait des contes.

Madame la baronne, qui pesait environ trois cent cinquante livres, s'attirait par l une trs grande considration, et faisait les honneurs de la maison avec une dignit qui la rendait encore plus respectable. Sa fille Cungonde, ge de dix-sept ans, tait haute en couleur, frache, grasse, apptissante. Le fils du baron paraissait en tout digne de son pre. Le prcepteur Pangloss tait l'oracle de la maison, et le petit Candide coutait ses leons avec toute la bonne foi de son ge et de son caractre.

Pangloss enseignait la mtaphysico-thologo-cosmolonigologie. Il prouvait admirablement qu'il n'y a point d'effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le chteau de monseigneur le baron tait le plus beau des chteaux et madame la meilleure des baronnes possibles.

Il est dmontr, disait-il, que les choses ne peuvent tre autrement : car, tout tant fait pour une fin, tout est ncessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont t faits pour porter des lunettes, aussi avons-nous des lunettes. Les jambes sont visiblement institues pour tre chausses, et nous avons des chausses. Les pierres ont t formes pour tre tailles, et pour en faire des chteaux, aussi monseigneur a un trs beau chteau ; le plus grand baron de la province doit tre le mieux log ; et, les cochons tant faits pour tre mangs, nous mangeons du porc toute l'anne : par consquent, ceux qui ont avanc que tout est bien ont dit une sottise ; il fallait dire que tout est au mieux.

Candide coutait attentivement, et croyait innocemment ; car il trouvait Mlle Cungonde extrmement belle, quoiqu'il ne prt jamais la hardiesse de le lui dire. Il concluait qu'aprs le bonheur d'tre n baron de Thunder-ten-tronckh, le second degr de bonheur tait d'tre Mlle Cungonde ; le troisime, de la voir tous les jours ; et le quatrime, d'entendre matre Pangloss, le plus grand philosophe de la province, et par consquent de toute la terre.



Annonce des axes

Etude mthodique

I. La prsentation des personnages

Les personnages sont prsents successivement selon l'ordre d'entre en scne.
Tout d'abord, Candide est un lment important du premier paragraphe. Le narrateur tablit une relation entre sa physionomie et son caractre: esprit simple , sa physionomie annonant son caractre . Il dcrit ses origines gnalogiques: c'est un enfant naturel. Candide est un personnage naf, incapable de duplication ni de dissimulation. Toutefois, il est ingnu mais pas sot: il avait le jugement assez droit . Cela laisse une perspective d'volution, et montre qu'il est capable d'ducation et de progrs. Candide est en porte--faux au chteau, car il est discrdit et il n'appartient pas la caste reprsente par le fils du baron. C'est un personnage central plus que principal.
La prsentation du baron se fait par petites tapes; des phrases brves font le tour de tout ses biens. Son pouvoir est mis en relief: un des plus puissants avec des signes extrieurs de richesse: tapisserie , grand aumnier : cette apparence de richesse fait de lui un personnage important.
La baronne est voque en premier lieu par sa masse; elle apparat comme l'image traditionnelle d'une matresse de maison et digne de respect dont elle profite.
Puis Cungonde est dcrite par trois adjectifs: frache, grasse, apptissante : elles reprsente la sensualit. Le fils du baron est dcrit trs brivement: en tout digne de son pre ; il n'a pas de caractre.
Enfin Pangloss est dcrit en dernier; le ton est administratif, il est assimil un oracle ; admirablement => prsentation dans le discours de Pangloss.
L'vocation de ce contexte s'apparente donc beaucoup celle du conte.


II. Les caractristiques du conte

La description du lieu en fait un microcosme, un endroit merveilleux et coup du monde et de la ralit. On retrouve la formule traditionnelle: il y'avait , les personnages sont mis en scne dans un lieu imprcis: en Westphalie , qui est un pays peu connu et qui a la rputation d'tre arrir, le nom de chteau: Thunder-ten-tronckh a des sonorits abruptes relevant de l'imagination; de mme, l'poque est intemporelle. On se situe donc dans un monde qui semble lointain, voire imaginaire: le monde d'un conte.
On retrouve galement les personnages et le milieu traditionnels: le contexte aristocratique, le chteau , ainsi quelle pouvoir, les richesses, et un monde fix dans des codifications sociales rigides. Tout est sous le signe de la richesse et de la beaut, les termes employs sont valorisants et logieux: tout va bien. Ainsi on trouve beaucoup de superlatifs: le plus beau .
Le lecteur est donc entran dans un univers merveilleux o tout va pour le mieux; mais quelques lments inattendus le mettent sur la voie d'une distorsion dans l'harmonie gnrale.


III. Les effets de dcalage

Les effets de dcalage et de distorsion sont des indices pour le lecteur, montrant qu'il s'agit ici d'une satire. Ainsi, on note de nombreux rapprochements faussement logiques, comme la relation entre la puissance du baron et la prsence de portes et de fentres son chteau; de mme le rapport entre la masse de la Comtesse et le respect dont elle jouit. Le pouvoir et la considration des personnages relvent donc de l'illusion, et non d'une ralit.
Il y'a une confusion et une distorsion dans la description, et le narrateur souligne implicitement que chez le baron tout est faux; ex: chiens de basse-cour compltent la meute , palefreniers sont ici piqueurs , vicaire du village <=> grand aumnier . Il y'a donc une confusion entre la ralit et l'apparence; on a dans un premier temps l'impression d'un noble qui mne grand train, alors qu'il ne s'agit que d'un petit seigneur de province.
De mme, le raisonnement de Pangloss est totalement dcal (Pangloss= tout en langue ); pour le montrer, le narrateur lui donne la parole au discours direct. Les exemples qu'il prend reposent sur une dmonstration soi-disant logique: donc , par consquent ; mais en ralit elle ne comporte aucune logique: la conclusion qu'il formule est donc totalement inacceptable.


Conclusion

Ds le chapitre 1, Voltaire place des indices dans le texte qui attirent l'attention du lecteur, soulignant l'illusion de la richesse et de connaissance dans laquelle vivent les personnages. Il n'y a aucune rfrence au monde extrieur, et Candide ne connat que ce qui l'entoure; c'est un monde ferm sur lui-mme, bas sur des valeurs fausses. A partir du chapitre suivant, il comparera le monde rel l'enseignement de Pangloss => double plan du conte et de l'enseignement philosophique.
    
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