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 fables de la fontaine

         
warda

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: 23
: 26
: 29/06/2008

: fables de la fontaine    29, 2008 3:11 pm

le berger et le roi


Deux dmons leur gr partagent notre vie,
Et de son patrimoine ont chass la raison ;
Je ne vois point de coeur qui ne leur sacrifie :
Si vous me demandez leur tat et leur nom,
J'appelle l'un Amour et l'autre Ambition.
Cette dernire tend le plus loin son empire ;
Car mme elle entre dans l'amour.
Je le ferais bien voir; mais mon but est de dire
Comme un roi fit venir un berger sa cour.
Le conte est du bon temps, non du sicle o nous sommes.
Ce roi vit un troupeau qui couvrait tous les champs,
Bien broutant, en bon corps, rapportant tous les ans,
Grce aux soins du berger, de trs notables sommes.
Le berger plut au roi par ces soins diligents.
Tu mrites, dit-il, d'tre pasteur de gens :
Laisse l tes moutons, viens conduire des hommes;
Je te fais juge souverain.
Voil notre berger la balance la main.
Quoiqu'il n'et gure vu d'autres gens qu'un ermite,
Son troupeau, ses mtins, le loup, et puis c'est tout
Il avait du bon sens ; le reste vient ensuite.
Bref, il en vint fort bien bout.
L'ermite son voisin accourut pour lui dire :
Veill-je)? et n'est-ce point un songe que je vois ?
Vous, favori ! vous, grand ! Dfiez-vous des rois ;
Leur faveur est glissante : on s'y trompe ; et le pire
C'est qu'il en cote cher : de pareilles erreurs
Ne produisent jamais que d'illustres malheurs.
Vous ne connaissez pas l'attrait qui vous engage :
Je vous parle en ami ; craignez tout. L'autre rit,
Et notre ermite poursuivit :
Voyez combien dj la cour vous rend peu sage.
Je crois voir cet aveugle qui, dans un voyage,
Un serpent engourdi de froid
Vint s'offrir sous la main : il le prit pour un fouet ;
Le sien s'tait perdu, tombant de sa ceinture.
Il rendait grce au Ciel de l'heureuse aventure,
Quand un passant cria: Que tenez-vous, dieux !
Jetez cet animal tratre et pernicieux,
Ce serpent! - C'est un fouet. - C'est un serpent, vous dis-je.
A me tant tourmenter quel intrt m'oblige ?
Prtendez-vous garder ce trsor ? - Pourquoi non ?
Mon fouet tait us ; j'en retrouve un fort bon :
Vous n'en parlez que par envie.
L'aveugle enfin ne le crut pas ;
Il en perdit bientt la vie :
L'animal dgourdi piqua son homme au bras.
Quant vous, j'ose vous prdire
Qu'il vous arrivera quelque chose de pire.
- Eh ! que me saurait-il arriver que la mort ?
- Mille dgots viendront, dit le prophte ermite.
Il en vint en effet, l'ermite n'eut pas tort.
Mainte peste de cour fit tant, par maint ressorts,
Que la candeur du juge, ainsi que son mrite,
Furent suspects au prince. On cabale, on suscite
Accusateurs, et gens grevs par ses arrts :
De nos biens, dirent-ils, il s'est fait un palais.
Le prince voulut voir ces richesses immenses.
Il ne trouva partout que mdiocrit,
Louanges du dsert et de la pauvret :
C'taient l ses magnificences.
Son fait, dit-on, consiste en des pierres de prix :
Un grand coffre en est plein, ferm de dix serrures.
Lui-mme ouvrit ce coffre, et rendit bien surpris
Tous les machineurs d'impostures.
Le coffre tant ouvert, on y vit des lambeaux,
L'habit d'un gardeur de troupeaux,
Petit chapeau, jupon, panetire, houlette,
Et, je pense, aussi sa musette.
Doux trsors, ce dit-il, chers gages, qui jamais
N'attirtes sur vous l'envie et le mensonge,
Je vous reprends: sortons de ces riches palais
Comme l'on sortirait d'un songe !
Sire, pardonnez-moi cette exclamation.
J'avais prvu ma chute en montant sur le fate.
Je m'y suis trop complu; mais qui n'a dans la tte
Un petit grain d'ambition ?
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l
le chat et le rat



Quatre animaux divers, le chat Grippe-fromage,
Triste oiseau le hibou, Ronge-maille le rat,
Dame belette au long corsage,
Toutes gens d'esprit sclrat,
Hantaient le tronc pourri d'un pin vieux et sauvage.
Tant y furent, qu'un soir, l'entour de ce pin
L'homme tendit ses rets. Le chat, de grand matin,
Sort pour aller chercher sa proie.
Les derniers traits de l'ombre empchent qu'il ne voie
Le filet: il y tombe, en danger de mourir;
Et mon chat de crier, et le rat d'accourir.
L'un plein de dsespoir, et l'autre plein de joie;
Il voyait dans les lacs son mortel ennemi.
Le pauvre chat dit: Cher ami,
Les marques de ta bienveillance
Sont communes en mon endroit;
Viens m'aider sortir du pige o l'ignorance
M'a fait tomber. C'est bon endroit
Que, seul entre les tiens, par amour singulire,
Je t'ai toujours choy, t'aimant comme mes yeux.
Je n'en ai point regret, et j'en rends grce aux dieux.
J'allais leur faire ma prire,
Comme tout dvot chat en use les matins.
Ce rseau me retient: ma vie est en tes mains;
Viens dissoudre ces noeuds. - Et quelle rcompense
En aurai-je reprit le rat.
-Je jure ternelle alliance
Avec toi, repartit le chat.
Dispose de ma griffe, et sois en assurance:
Envers et contre tous je te protgerai,
Et la belette mangerai
Avec l'poux de la chouette:
Ils t'en veulent tous les deux. Le rat dit: Idiot!
Moi ton librateur? Je ne suis pas si sot.
Puis il s'en va vers sa retraite.
La belette tait prs du trou.
Le rat grimpe plus haut, il y voit le hibou:
Dangers de toutes parts, le plus pressant l'emporte.
Ronge-maille retourne au chat, et fait en sorte
Qu'il dtache un chanon, puis un autre, et puis tant
Qu'il dgage enfin l'hypocrite.
L'homme parat en cet instant;
Les nouveaux allis prennent tous deux la fuite.
A quelque temps de l, notre chat vit de loin
Son rat qui se tenait l'erte, et sur ses gardes:
Ah! mon frre, dit-il, viens m'embrasser; ton soin
Me fait injure: tu regardes
Comme ennemi ton alli.
Penses-tu que j'aie oubli
Qu'aprs Dieu je te dois la vie?
- Et moi, reprit le rat, penses-tu que j'oublie
Ton naturel? Aucun trait
Peut-il forcer un chat la reconnaissance?
S'assure-t-on sur l'alliance
Qu'a faite la ncessit?
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fables de la fontaine
          
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